
Jean-Louis Schilansky : Elle baisse non seulement en France mais également dans le monde. En 2009,on est environ 3% en dessous de 2008, et ce que l'on a constaté sur notre territoire, la demande se contracte.
On est en face d'excédents de quel ordre ? Comment l'expliquez- vous ?
Dans le même temps, les capacités de raffinage en particulier ont continué de croître , o était un peu serrés dans les années 2006 et 2007, aujourd'hui, on se retrouve avec un très fort excédent de capacité de raffinage par rapport à la demande. En 2009, on estime à environ 7 millions de barils par jour.
Combien de temps pour écouler les stocks ? Comment le secteur français du raffinage va-t-il faire face ?
Dans l'industrie, c'est toujours la même chose, quand il y a une surcapacité, il faut que l'on ramène les équilibres entre l'offre et la demande, et la seule façon, c'est de rationaliser l'outil de raffinage, en particulier dans les pays développés.
Rationaliser, soyez clairs, on va fermer les raffineries ?
Ça veut dire fermer les raffineries. Vous me parliez tout à l'heure des déclarations d'un groupe pétrolier sur les fermetures de raffinerie, Total, Shell, et on pense qu'il va falloir fermer environ 11 à 15% des capacités de raffinage en Europe.
Il y a combien de raffineries actuellement en Europe ?
110 raffineries.
La France sera être touchée ?
La France sera touchée comme tous les autres pays européens, ensuite ce sont des problèmes opérationnels. Mon homologue en Italie disait hier qu'il faudrait probablement fermer quatre à cinq raffineries sur le territoire italien, ce qui est considérable.
On va
fermer des raffineries, est-ce qu'on peut concevoir des raffineries «
plus modulable », en fonction des besoins ? Comment l'avenir se
présente ?
Dans les pays développés, c'est clair, c'est une résorption des capacités de raffinage par fermeture. De nouvelles capacités vont être construites en Asie, en particulier en Chine, en Inde et dans les pays producteurs, elles viendront alimenter les zones de croissance, que sont les pays d'Asie.
Une sorte de « décentralisation » des productions des capacités de raffinage, c'est-à-dire que ce sera moins centralisé ?
Ce sera surtout recentré dans les zones de consommation, des zones de croissance. La Chine connaît la croissance que vous savez, ils ont besoin de produits pétroliers, des raffineries vont se construire là bas.
Revenons en France, dans votre bilan 2009, vous notez également que la consommation de biocarburants faisait un bide ?
Il
ne faut pas dire ça, aujourd'hui on a des objectifs biocarburants qui
sont de l'ordre de 10% de la consommation, ce sont des objectifs à la
fois pour l'essence et pour le gazole, et que l'on est en train
d'accomplir.
En revanche, on avait lancé un produit particulier
qui est l'E-10, un carburant qui comporte 10% d'éthanol au mois
d'avril, avec un peu de fanfare, de tambours et de trompettes, mais on
ne peut pas forcer les gens à acheter, le démarrage est beaucoup plus
lent que ce que l'on escomptait.
On ne peut pas forcer
les gens à acheter, mais peut-être qu'ils ne savent pas très bien,
qu'ils sont méfiants, qu'ils pensent que leur moteur n'est pas adapté ?
Et ce carburant n'est pas distribué dans autant de stations-service que
vous l'auriez souhaité ?
Tout ça en même temps, mais un facteur clé, c'est qu'on ne peut prendre ce carburant qu'avec des véhicules immatriculés après 2000. Il y en a beaucoup, mais malgré tout, ça crée une petite crainte, ce qui fait que ça n'a pas démarré autant qu'on pouvait l'espérer.
J'ouvre une parenthèse sur l'affaire Total, cette fermeture reportée à Dunkerque. De façon générale, est-ce que l'industrie pétrolière a mauvaise presse, mauvaise image ? On va en entendre parler encore la semaine prochaine, Total va sûrement annoncer des bénéfices importants, on parle de 8 milliards d'euros...
On ne peut pas dire que l'industrie pétrolière ait une image formidable, ni dans notre pays ni dans d'autres. C'est lié effectivement à l'importance des sociétés qui opèrent sur ce marché, je pense que ce n'est pas justifié, parce qu'on fait notre métier, on apporte des produits à des coûts aussi bas qu'on le peut, on fait d'énormes investissements au niveau de la qualité de nos produits et au niveau de l'environnement.
Comment expliquez-vous
que des stations-service soient cédées en France ? BP a annoncé être en
négociation avec la société Delec, qui souhaite lui acheter plus de 400
stations-service en France pour 180 millions d'euros ?
Ce
n'est pas nouveau, il est du à deux choses. D'une part, du fait que la
demande se contracte, que les stations vendent moins et, d'autre part,
le fait que le marché français est un marché extrêmement compétitif.
Et
on a dit ce matin que les grandes surfaces représentaient maintenant
60% du marché de détail. Il n'est pas très étonnant que des opérateurs
comme Shell, l'année dernière, ou BP, cette année, annoncent que d'une
façon ou d'une autre, ils se désengagent du marché français.
60% des carburants sont distribués par des grandes surfaces ?
Absolument, les grandes surfaces ont 60% du marché de détail des carburants, du gazole et du sans-plomb 95.
En cette période de crise, les Français ont tendance à aller voir où c'est le moins cher ?
Absolument, c'est le même mouvement que l'on a enregistré sur les marques de distributeur, ou dans d'autres secteurs. Le pétrole a suivi le même chemin.
Le cours du pétrole chute lourdement, de plus de
3 dollars, dans ce contexte de chute des places financières, de chute
de l'euro. Comment l'analysez-vous ?
A mon avis, ce sont des indicateurs négatifs sur le marché du travail américain qui sont sortis en début de journée et qui ont tendance à indiquer une reprise économique plus lente que prévu, une consommation de pétrole plus basse que prévu. Les prix ont baissé.
Les prix ont baissé, aux environs de 72 ou 73 dollars, à New York. Est-ce un bon niveau de prix ou une menace pour la reprise ?
C'est ce qu'ont dit les producteurs et les consommateurs, un prix aux alentours de 75 à 80 dollars le baril, c'est un bon prix d'équilibre, acceptable par les consommateurs et suffisant pour pouvoir investir, pour aller chercher de nouvelles sources de pétrole. Il semble donc, et c'est assez rare, que les marchés s'ajustent vers un prix d'équilibre qui a l'air de satisfaire à la fois les consommateurs et les producteurs.
Est-ce que l'on peut bâtir des scénarios en termes de prix ?
C'est
vraiment très difficile. Mais il est très peu probable, avec la demande
que l'on a, que les prix aillent vraiment haut. On ne retrouvera pas
les scénarios de 2008, où l'on était entre 140 et 145, avec une demande
en régression comme celle que l'on a, on n'ira pas très haut.
D'autre
part, si les prix venaient vraiment à s'effondrer, ce qui n'est pas
impossible, l'Opep interviendrait et réduirait et les quantités mises
sur le marché. Donc, dans l'année 2010, on est probablement sur une
bande passante, 70 à 80 dollars le baril.
On se calme tranquillement ?
Oui, tout du moins, on retrouve un peu d'équilibre par rapport aux folies de 2008.
Compte
tenu de la baisse de la consommation des produits pétroliers dans le
monde, spécialement en France, l'industrie pétrolière allaient
évidemment réduire la voilure, vous parliez tout à l'heure de 11 à 15%
des 115 raffineries européennes qui devraient fermer à termes. Revenons
sur la France, la taxe carbone, qui va entrée en vigueur le 1er
juillet 2010, si tout va bien pour le gouvernement, qu'attendez-vous du
texte ? Est-ce que c'est une menace qui plane au-dessus de votre
industrie ?
C'est le même phénomène que celui dont on
parle, la taxe carbone est destinée à faire que les ménages consomment
moins, dans ce sens-là, les prix vont augmenter. Si la taxe carbone
passe au 1er juillet, de l'ordre de 5 centimes d'euro du litre, ce
n'est pas rien, ça va infléchir ou influer sur le comportement des
consommateurs.
On ne peut pas tout avoir en même temps. On veut la
taxe carbone, très bien, 5 centimes d'euro du litre, on veut que la
consommation baisse, très bien, mais d'un autre côté, l'outil
industriel va nécessairement s'adapter.
Vous demandez des dérogations ? C'est très compliqué ce qui se prépare...
La
taxe carbone, c'est deux volets. Le volet, dont je viens de vous
parler, qui sont les prix à la consommation, 5 centimes d'euro du
litre, et le volet industriel, on dit aussi que la taxe carbone va
s'appliquer aux industries.
Là en revanche, on s'élève violemment
contre cette mesure, parce que d'un côté on a les quotas comme tous les
autres pays européens, et de l'autre côté, on va avoir une taxe carbone
franco-française. Dans le contexte actuel, pour les raffineries
françaises, c'est une extrêmement mauvaise nouvelle.
Vous
êtes également trésorier du Medef, membre du conseil exécutif. Il va
s'en passer des choses en 2010, année électorale évidemment, avec
Laurence Parisot qui concoure à sa succession, pour trois années
supplémentaires. Il y aura probablement d'autres candidats. Année
importante. On a vu 2009 qui s'était terminé par le départ de Jean-René
Buisson, les fédérations de l'industrie agro-alimentaire qui n'avaient
pas accepté la baisse de cotisations proposée par le Medef, il
considère que les cotisations sont trop hautes. Un début d'année marqué
par le départ du directeur général délégué, Jean-Charles Simon. Que se
passe-t-il au Medef ? On vit une révolution de palais ?
Non, il n'y a pas de révolution de palais, je crois qu'il y a une succession d'incidents, de choses qui se sont passées. Pour l'Ania, ce n'est pas une question de cotisations.
C'est un prétexte ?
Je n'en sais rien, mais en tous les cas si l'Ania avait besoin de réduction de cotisations, elle m'en aurait parlé, on en aurait discuté, on aurait vu ce que l'on pouvait faire, comme avec d'autres fédérations. Quand il y a des secteurs en difficulté on ajuste les cotisations.
Il y a un problème avec Laurence Parisot ?
IL y a un problème de méthode, de gouvernance ? Qu'est-ce qui se
passe ? Qu'est-ce que l'on attend d'elle ?
Je ne crois pas qu'il y ait un problème avec Laurence Parisot, ce qui se passe, c'est que l'on rentre en période électorale, à partir de ce moment là, il y a des surenchères de certains, il y en a d'autres qui veulent prendre des positions pour la suite, on est rentrés un peu comme en politique dans une période pré électorale qui provoque les mouvements que l'on connaît.
Vous soutenez Laurence Parisot pour ce nouveau mandat ?
Je crois que Laurence Parisot a des qualités absolument fondamentales. Elle incarne une modernité, elle a le courage de dire ce qu'il faut dire au moment où il faut, et je crois qu'elle a amélioré l'image des entreprises. Pour toutes ces raisons, à titre individuel et peut-être au titre de notre fédération (on verra), je pense que Laurence Parisot est la meilleure candidate pour la présidence du Medef.
Vous la soutenez, vous pensez qu'elle va être reconduite à la tête du Medef ?
Je ne le sais pas.
En
tout cas, vous militez pour. Est-ce que vous êtes à l'écoute de ce qui
se passe dans les couloirs du Medef, où certains disent qu'elle est
bien mais que ce serait peut-être bien aussi qu'elle change certaines
orientations, qu'elle soit davantage à l'écoute ?
Ce sont des questions qu'il faut lui poser, ce n'est pas à moi de répondre pour elle sur la façon dont elle veut diriger le Medef et l'organisation patronale. Ce qui est important pour le Medef, c'est que l'on rentre dans un processus transparent, un processus clair, on va avoir des dates, des dates de dépôt de candidatures, des dates de réunion du conseil exécutif, des dates d'élection, chacun pourra concourir, chacun pourra proposer son programme. Pour l'organisation patronale, c'est une excellente nouvelle.
Dernière question, il y a deux ans
, vous étiez opposé à Geoffroy Roux de Bézieux pour la présidence de
l'Unedic, qui cède la place à un représentant des syndicats de
salariés, la CFDT. Il ferait un bon président du Medef ou pas ?
On verra ce que M. Roux de Bézieux a à proposer et comment il peut offrir une candidature. Je crois qu'il a été très médiatisé, ou il s'est très médiatisé, mais je ne suis pas sûr que cela suffise pour être président du Medef.
10/20, pas plus ?
Je me garderai bien de donner une note.

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