Jean-Dominique Giuliani : C'est encore un peu tôt pour le dire. Ce que je constate, c'est que la crise a posé avec beaucoup d'acuité un certain nombre de questions fondamentales pour la sortie de crise et l'avenir de l'Union européenne. On a profité d'un bouclier, celui de l'euro, de la taille du grand marché de 500 millions de consommateurs, mais cela a mis en évidence l'urgence qu'il y avait à réformer au moins certaines pratiques, voire certaines politiques.
On ne peut plus continuer comme avant, je crois que c'est clair et je crois que les attaques contre l'euro et les difficultés de la Grèce montrent bien que les choses ont changé et qu'il faut aller plus loin.
Avec quelles réformes supplémentaires ?
On parle beaucoup de gouvernance économique, c'est-à-dire de coordination budgétaire. Vous avez entendu la proposition d'Edouard Balladur, particulièrement ambitieuse : « On fait voter nos budgets à Bruxelles au sein de l'Eurogroupe avant de les présenter au Parlement », ce n'est pas rien.
Personnellement, j'ai remis sur le tapis le problème de la représentation externe de la zone euro, c'est-à-dire le siège au FMI, où nous avons 32% des voix non pas en vertu d'un traité ou d'une situation d'il y a cinquante ans mais en vertu de notre poids économique, c'est-à-dire un tiers de la richesse mondiale.
Est-ce que l'on veut valoriser cela ? La seule possibilité pour passer du statut de géant économique à celui de géant politique, qui pèse et défende ses intérêts, c'est l'unité dans la voix et l'unité de représentation externe.
Est-ce que les Etats en ont vraiment envie ? Lors du sommet extraordinaire de Bruxelles, quand il était question de la Grèce, toutes ces idées de gouvernance économique n'ont pas tellement émergé...
Ils n'en ont pas envie naturellement, mais les choses bougent. Quand la France et l'Allemagne, tant bien que mal, disent qu'elles sont solidaires de la Grèce, on voit qu'il y a une petite détente sur les marchés et directement sur les taux d'intérêt appliqués aux emprunts publics grecs. Les choses évoluent donc, vous savez que le président de l'Eurogroupe est favorable à la représentation unique de la zone euro au FMI.
Mme Merkel a une opinion publique très réticente pour payer pour les Grecs, mais elle est quand même engagée, elle reçoit le Premier ministre grec ces jours prochains et on sent bien -que ce soit à travers des banques privés, soit avec, comme l'a dit Mme Lagarde ce week-end, un mixe entre argent public et argent privé-, qu'on ne laissera pas tomber la Grèce et on voit déjà que ce n'est plus l'euro qui intéresse vraiment les spéculateurs, mais d'autres monnaies comme la livre (…)
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