Stéphane Soumier : Bernard Spitz, vous êtes bien plus que le président de la Fédération française des sociétés d'assurances [FFSA], vous êtes aussi un penseur, un économiste et un essayiste qui depuis des dizaines d’années réfléchit au fonctionnement du système économique mondial.
Nous avons commencé la semaine en recevant le syndicaliste Alain Olive, selon qui la colère sociale qui monte est liée au sentiment qu’ont les gens que rien ne bouge, qu’aucune des leçons de la crise n’a été tirée.
Christine Lagarde est venue nous dire hier que le chantier était effectivement difficile et qu’il prendrait du temps. J’ai l’impression que les assureurs vont, ensemble, à l’échelle européenne – et je crois que c’est une première –, dire à la Commission européenne : « Vous allez trop loin dans la régulation. » N’est-ce pas dangereux de dire cela maintenant compte tenu de ce que je viens d’évoquer ?
Bernard Spitz : Non, les assureurs ne sont pas du tout contre la régulation. Une directive a été adoptée au début de l’année dernière. Les assureurs européens n’y étaient pas opposés. La question est de savoir comment on l’applique. La lecture de la crise qui est faite par ceux qui sont chargés de déterminer les conditions se son application nous paraît complètement démente. Je veux rappeler une chose : ce qui a marché dans le monde financier, ce sont les assurances. Elles n’ont pas coûté 1 euro au contribuable français, elles ont été parfaitement solvables dans toutes leurs activités...
...c’est peut-être vrai pour les assurances françaises, mais il y a une espèce de monstre qui s’appelle AIG et qui a fait exploser le système...
On est d’accord, mais ce n’est pas l’Europe. Par ailleurs, AIG a fait n’importe quoi parce qu’il a voulu jouer au banquier. Ce qui l’a mis par terre, ce ne sont pas ses activités d’assurances ; s’il était resté un assureur tranquille, il ne lui serait pas arrivé de pépin. Il a voulu gagner beaucoup d’argent, il s’est montré trop avide, s’est lancé sur des marchés spéculatifs à Londres, a fait les mauvais choix au mauvais moment et s’en est pris plein la figure.
Retrouvez ci-dessus l’intégralité de l’interview de Bernard Spitz en podcast.

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